mercredi 15 juillet 2020

De Turtle Cay à Shelter Bay

Panama

De Turtle Cay à Shelter Bay

Après nos retrouvailles avec le voilier Vivian de Jean-Pierre et Mireille, il est temps pour nous de poursuivre notre voyage. Et c’est avec un pincement au cœur que nous quittons la marina et Vivian. Nous partons vers Linton bay où nous attendent les 2 catamarans avec lesquels nous devons traverser le canal de Panama.

Nous avons contacté ces 2 voiliers par l'intermédiaire d'un groupe Facebook très actif nommé "Panama Cruisers".
Le groupe est plutôt anglophone, mais comme pas mal de navigateurs sont français, ça discute en pas mal de langues, et de toute façon l'anglais nous pose bien moins de souci que notre pauvre espagnol.

La navigation n’est pas longue mais le vent étant absent ce sera une traversée au moteur avec une houle de travers. Nous sommes accueillis à l’entrée de la marina par un torrent de pluie qui s’abat sur nous. Alain à la barre ne distingue plus correctement les bateaux ancrés juste dans le passage de la marina. Je suis contrainte de sortir à l’avant pour lui indiquer la route. Il faut dire que certains voiliers sont ancrés dans le chenal d'accès à la "sauvage".

Heureusement les gens de la marina sont là et nous indiquent une place libre. Tout se termine bien avec seulement Patricia et Alain trempés jusqu’aux os.

Au fond la marina
où l'on se prendra une bonne sauce tropicale...

Notre emplacement est juste à côté des 2 catamarans Kissanga et L’Eclectik, qui passeront le canal avec nous.

Ponton non parallèle au bateau car la place est en trapèze
et l'on essaye de se mettre perpendiculaire à la houle ...

Marina de Linton Bay
entourée par la jungle
(cliquer pour agrandir)

Dès l’après midi nous faisons connaissance et engageons le compte à rebours.

Le lendemain, nous commençons par les démarches officielles du « port autority » pour obtenir notre enregistrement d’entrée au Panama (Zarpe d'entrée, papier grand format gratuit en 5 exemplaires). L’après-midi, nous repartons à Portobello en taxi pour obtenir nos visa au service de l’immigration. Cela fait la 3ème fois que nous allons dans ce service. Tout le monde nous connaît. On obtient enfin ces fameux tampons sur nos passeports. On est très content d'avoir surmonter les obstacles administratifs, mais ce n'est pas terminé...

Le lendemain, on a rendez-vous avec notre agent « Erik Galvez » pour les formalités du passage du canal. Après vérification de tous les documents et paiement de 2200$ par bateau (quand même !), on récupère les pare-battages et les lignes pour le "radeau" qui sera constitué des 3 voiliers attachés ensemble.

Autant vous dire de suite que nous ne recommanderons pas notre agent Erik aux autres voiliers. Sa commission après négociation est de 250$ par bateau, mais le service est pauvre pour ne pas dire inexistant et sa disponibilité réduite. Par exemple il n'organise pas les radeaux, c'est à vous de trouver les autres voiliers pour passer avec vous alors qu'il est en contact avec plusieurs voiliers.


Installation sur le pont avant des lignes (en bleues)
pour le passage du canal et protection des panneaux de pont
Protection aussi des panneaux de pont arrières

S'il n'y avait pas eu la pandémie, nous aurions fait les démarches nous même. Par contre, avec un agent, pas besoin de la caution de 800$ à déposer en banque et à récupérer coté Pacifique.

Le prochain rendez-vous sera pour l’inspection du bateau, lundi matin à « Shelter bay ».

On profite encore de ces quelques jours pour préparer le bateau. On retrouve ici d’autres français rencontrés à «Turtle cay », il y a du monde et l'on peut trouver pas mal de matériel d'occasion. 

Mais cette marina n’est pas aussi confortable que « Turtle cay ». Nous avons un peu de mal au début car c’est vraiment très rouleur. Alain essaie de mettre le bateau un peu plus perpendiculaire au sens des vagues mais les emplacements ne sont pas bien conçus (le notre à la forme d'un trapèze !). Le seul vrai plus est qu’il y a de l’eau chaude aux douches ; Cela faisait longtemps que nous n’avions pas profité d’une douche bien chaude. Ah quel plaisir !!!! Sinon c'est plus un chantier qu'une marina (bien pour lever le bateau), et nous trouvons l'endroit moche.


Emilie du voilier copain Kissanga avec Eric Bauhaus 

Séance de dédicace avec l'auteur de notre livre
The Panama Cruising Guide
Vendredi nous engageons les négociations pour obtenir la Zarpe de sortie qui nous permettra de pouvoir nous arrêter aux Galápagos si nous avons besoin d’un ravitaillement en vivre et en gasoil. En fait il faut un cruising permit (180$) pour obtenir la Zarpe de sortie. Pour traverser le canal, pas besoin de cruising permit, on peut le faire en simple transit. Et comme dans les territoires français on ne demande pas la Zarpe de sortie précédente, pas mal de français ne font pas de sortie officielle et ne payent donc pas le cruising permit.

Pour nous ce sera différent : il n'y a plus de formulaire papier pour faire le cruising permit. A cause du Covid, l'administration n'a pas reçu d'autres formulaires. Kissanga et L’Eclectik (les 2 cata qui vont passer le canal avec nous) ont déjà un permis car ils naviguaient au Panama depuis plusieurs mois avant la pandémie. Nous sommes trois dans le bungalow du fonctionnaire à la marina. J'attends patiemment mon tour en dernier, tachant de garder le sourire et espérant une solution, on ne sait jamais.

Après avoir fait les 2 Zarpe de sortie des catamarans, vient notre tour. Oui, nous naviguons ensemble, oui nous avons un créneau pour passer le canal ensemble, et nous partirons ensemble vers la Polynésie. Oui nous avons besoin d'une Zarpe pour les Galapagos. Non, il n'y a plus de papier, mais nous n'avons pas pu profiter des San Blas pour naviguer à cause du Covid. D'ailleurs nous n'avons pas navigué du tout depuis que nous sommes au Panama, c'est dommage non ? Oui c'est bien joli les San Blas.

Alors, pouvez-vous nous aider ? Ok, le fonctionnaire nous délivre le document tant attendu sans demande de pourboire mais en insistant bien sur le fait que ce n'est pas possible normalement. Comme quoi, rien n'est impossible finalement. Patience, sourire, respect de la personne, voilà le triptyque qui permet d'obtenir le sésame.

Une fois la Zarpe de sortie réalisée, nous retournons tous à Portobelo pour avoir le tampon de sortie sur les passeports. On devra quitter le Panama sous 3 jours, mais avec les délais de passage du canal, tout le monde sait bien que ce n'est pas réalisable.

Nous décidons tous de quitter la marina dimanche matin pour être prêt à recevoir l'inspection lundi.

La traversée est un peu longue et nous arrivons vers 15h dans la baie de Shelter bay (6h de moteur car pas de vent). C’est impressionnant de slalomer à travers des très gros bateaux qui attendent leur passage dans le canal. Plusieurs gros bateaux sont autour de nous et nous devons traverser le rail entre 2 passages pour entrer dans la baie et mouiller.

Copie d'écran du routeur
lors de l'entrée dans Shelter Bay

Les 3 bateaux sont au mouillage dimanche après midi. Mais le climat n’est pas au top. Dans la nuit nous subissons un violent orage avec un peu de vent. Ce sera un peu animé car un voilier à côté de nous finira par déraper et venir très près d’Unavoq. Heureusement pas de mal.

Zone de mouillage à Shelter Bay

La foudre tombe dans la baie. Des éclairs violents avec des bruits forts résonnent tout autour de nous.

On apprendra le lendemain qu’un voilier a "perdu" tout son électronique. Après vérification, Alain se rend compte que nous avons un problème d’affichage dans le cockpit des données analogiques de notre anémomètre / girouette. Il semble qu’elle n’a pas aimé le champ magnétique de la foudre. Ce n’est pas une urgence (on a encore les données numériques sur le routeur), on verra ce problème de l’autre côté du canal.

Lundi matin, c’est l’inspection. On nous demande de monter le drapeau jaune afin d'être visible pour l'inspection. Une personne monte à bord et fait la revue des documents et des installations sur Unavoq. Nous apprenons qu’il faut une cuve à eau noire (ou un WC chimique) et une corne de brume à gaz. L'eau du bief de partage des eaux est un lac qui est utilisé comme source d'eau potable par les habitants.

De plus nous devrons nourrir le pilote qui sera à bord donc il lui faut de l’eau en bouteille et un plat chaud à base de viande. 

Dès l’après-midi nous achetons le matériel nécessaire à la marina, car le service de location de notre agent Erik est presqu’aussi cher, voir plus, que le neuf. C’est franchement abusif. Il loue même la corne de brume 25$ alors qu'elle est vendue 19$ en ville...

La corne de brume
et le WC chimique qui pourra nous être utile aux Galapagos
ou dans certains pays demandant une boite à eau noire
Bref après les achats, les 3 bateaux sont prêts. Nous attendons la confirmation de la date pour le passage. Ce sera vendredi 19 juin à 5h du matin. Notre agent est difficilement joignable, nous devions passer mercredi...

En attendant on profite de faire les entretiens du moteur et les dernières vérifications. Entre les 3 bateaux, on échange et partage nos pratiques, des films, des livres et des conseils. On bricole. Merci à Francesco de Kissanga pour l'aide à caller la poulie de la pompe à eau.

Ce sera aussi l’occasion de faire la connaissance de « Monsieur Crocodile » qui arpente la baie. Une petite frayeur pour tous ceux qui avaient tenté la baignade. Cela a calmé les plus courageux.

Cela ressemble un peu au Loch Ness (photo un peu flou)
Mais ici au milieu c'est bien un crocodile
Bref tout est prêt pour le grand jour, le jour où nous allons quitter la mer des Caraïbes pour l'océan Pacifique.

La prochaine étape : le Pacifique


PS : quand vous lirez ces lignes, nous serons en train de traverser le Pacifique et il vous faudra attendre le mois d'Août pour avoir un nouveau post.

lundi 8 juin 2020

Panama : Turtle Cay marina

Panama

Turtle Cay marina

Après notre traversée sportive depuis Curaçao, une semaine de navigation à la barre sans pilote automatique, nous apprécions le calme et la beauté de Turtle Cay, dans la région de Nombre de Dios au Panama (côte Sud-Est, non loin de la Colombie).


Unavoq au ponton de quarantaine
Taud de protection solaire monté car il fait chaud
et parfois il pleut dru
(cliquer pour agrandir)

Autour de nous, de grandes étendues de verdure avec de magnifiques arbres aux frondaisons luxuriantes colonisées d'orchidées sauvages et d'animaux étranges. Le calme de Curaçao est remplacé par le bruit des perruches qui jacassent le jour et le cri rauque de bête féroce des singes hurleurs que l'on entend d'un bout à l'autre de la jungle. Manque plus que les tamtam rythmés pour se croire dans un film de Tarzan !


A l'ombre des Ficus et palmiers du parc de la marina
Orchidées sur un cocotier en bord de plage
Au loin on voit et on entend la mer avec de gros rouleaux de vagues qui déferlent sur une longue plage. Quel spectacle! 
Cela nous change de Curaçao où pendant 3 mois nous n'avions que des cactus et des étendues de sable, de quoi remonter le moral des troupes.

Plage Nord
Au bord, plateau volcanique avec reste de bloc de lave noir qui brise le ressac
Les conditions actuelles liées à la pandémie font que peu de bateaux et d'équipages sont encore présents. Quasi tous reviennent des San Blas où la saison est terminée faute de touriste. Nous retrouvons avec plaisir notre ami Christophe rencontré à Curaçao, qui nous fait la visite des lieux.

Orizaba, l'Ovni 43 de Christophe mis à terre
Ici au Panama, nous sommes encore en période Covid, tout est fermé et il n'est pas autorisé de circuler en ville. On est contraint de faire une quarantaine de 14 jours à notre arrivée. Heureusement le gérant de la marina nous décompte le temps du voyage en mer et nous autorise aussi à circuler dans la marina à condition de laisser une personne dans le bateau.
Littéralement :  quai de quarantaine

Par contre impossible de faire les papiers relatifs à notre arrivée au Panama. Le service d'immigration de Portobelo est fermé ainsi que les services de douanes de Linton ; nous resterons des "clandestins" durant un mois.

La marina n'est pas très grande mais son environnement est spectaculaire. Côté accueil le personnel est très agréable, toujours prêt à rendre service. Notre espagnol basic nous sera très utile car les gens du cru ne parle pas l'anglais et encore moins le français.

Côté pratique, il y a 3 douches propres et surtout à disposition des machines à laver (1$ par machine !) et des sèches linges (1$ par sèche linge). Compter 300$ par mois pour l'amarrage au ponton ou le stockage à terre : c'est la moins chère de toute la côte Sud Est de Panama. L'eau et l"électricité sont à disposition gratuitement. Il est possible de lever jusqu'à 12 tonnes et 43 pieds, en enlevant quand même l'étais avant pour passer le portique de levage.

Portique de levage 12t max

Darse de levage
Il n'y a pas de boutique d'approvisionnement mais une camionnette passe 2 fois par semaine pour livrer des fruits, des légumes, des oeufs et du poisson. Il est possible de commander certains articles à la camionnette, pratique.

Ravitaillement au cul du véhicule

La marina propose également pour 10$ de vous emmener à la ville d'à côté  (Nombre de Dios) vous approvisionner chez une boutique tenue par des chinois.
Alain aura l'occasion de partir un mardi (jour des hommes) pour récupérer quelques denrées comme de la viande. Ici il y a des journées "Homme", et des journées "Femme" : comprenez qu'un jour sur 2 l'un ou l'autre peut circuler, et personne le dimanche. 

Coté sécurité, c'est top : Portail d'entrée du parc avec gardien, second portail plus loin et base des Coast Guards dans la marina même.

Armoiries de l'aéronavale

La période de quarantaine passée, nous partons découvrir le magnifique parc qui nous entoure. En prenant à pied la route qui mène à "Nombre de dios" on découvre une foret dense où l'on entend des bruits étranges : c'est la  jungle qui est tout autour de nous.

Qui dit jungle, dit présence animal.  Ce sera l'occasion de voir plusieurs animaux comme :

- les paresseux qui dorment dans les arbres 
- des singes hurleurs que l'on entend dès qu'il pleut 
- un écureuil roux dans les cocotiers 
- un tamanoir perché dans les arbres
- une couleuvre venue nous rendre visite sous notre ponton
- des aigles, des perruches, des toucans ...

Plusieurs animaux sont protégés
Ici le panneau du Tamanoir

Tamanoir 
(Myrmecophaga tridactyla)
Paresseux à deux doigts
(Choloepus didactylus)
Singes hurleurs
(Alouatta caraya)
Couleuvre verte sous notre ponton à la marina 
(Opheodrys vernalis, localement appelée Culebra Verde Lisa)

Surprise trouvée dans les rideaux du carré

Le nid de guêpes maçonnes 
Un des points négatifs de cet endroit magique ce sont les Chitras. De minuscules petits moustiques, presque invisibles à l'oeil nu qui viennent vous attaquer toute la journée les jours de beau temps et vous laissent des boutons qui démangent à vous gratter à sang. Une des solutions est de s'enduire d'huile de coco qui graisse la peau et empêche les moustiques de vous piquer. Alain ne s'est presque pas fait piquer car les Chitras n'aiment pas les poils...  C'est peut être une autre solution.

Moi, j'ai été dévorée, je n'ai pas arrêté de me gratter essentiellement sur les pieds, les jambes et les bras. Certains soirs, j'ai même été contrainte de prendre un antihistaminique pour me soulager. Bref un vrai bémol au paradis. Porter des pantalons et des manches longues permet de se prémunir des insectes, mais quand il fait chaud...

Patricia en tenue de combat contre les Chitras
A gauche l'ami Jean Pierre du voilier copain Vivian
Alain en tenue de combat
A la marina il y a aussi des plages. Notre ponton est à l'écart des autres bateaux, mais le plus près de la plage. Une magnifique plage de sable blanc protégée par une barrière rocheuse qui casse les gros rouleaux de vagues.

On devine le restaurant derrière Patricia

Une piscine privée à 30° rien que pour nous dans un environnement magique. Il y a d"aménagé" un petit restaurant de plage qui propose des cocktails et des repas à des prix très raisonnables au bord. Il est tenue par Maria Thérésa et Dido : un cadre purement idyllique. On ira déguster des Mystérious (cocktail),  des crevettes fraiches et des hamburgers (on manque de viande rouge).

Quand le soleil tape, les couleurs sont éclatantes

La belle plage et son phare factice
mais tellement photogénique
C'est dans l'eau non loin de la plage que nous trouverons nos premiers dollars des sables vivants mais aussi sous forme fossile. 

Dollar des sables 
(Clypeasteroida)
Pour le plaisir des yeux
on vient regarder le coucher de soleil vers 18h30

Ce séjour à la  marina sera aussi l'occasion de faire le tour des réparations et des aménagements à améliorer pour poursuivre notre route. Tout d'abord le pilote automatique qui est tombée en panne. Alain devra le démonter pour heureusement s'apercevoir qu'il n'est pas cassé, seulement dévissé. Un gros travail de démontage et de remontage.

Démontage du vérin du pilote
Egalement second démontage de la pompe à injection pour la fuite d'air. Là aussi Alain réussira à changer le joint usé et le remplacer par un nouveau joint. Côté moteur tout re fonctionne.

Côté amélioration, ce sera la couture car notre capote a besoin d'un peu de reprise, certaines pressions ayant lâchées.

Ambiance de cockpit
Ajout d'un ombrage en pied de taud 
Panama ayant commencé à réouvrir, il est temps pour nous de faire nos papiers. Avec une lettre manuscrite de quarantaine faite par la marina, nous partons en taxi pour Portobelo. Quel chemin ! Il nous faut d'abord traverser toute la jungle du parc qui nous entoure puis rejoindre la route goudronnée. De là il nous faudra encore rouler sur 4o Km pour arriver en ville (une bonne heure de voiture).

Le service d'immigration est ouvert. Hélas, les agents nous apprennent que notre papier marina n'est pas bon car il faut un certificat de Cristobal prouvant que nous ne sommes pas atteints du Covid. Les personnes de l'immigration sont très sympathiques et nous donnent tous les renseignements pour obtenir ce certificat par Internet...  Mais hélas, il nous faut repartir et revenir avec le certificat. Cela nous a coûté 50$ de taxi.
Dès notre retour, Alain s'active sur internet et vers 14 h nous récupérons le fameux certificat. Il nous faut maintenant reprendre un taxi pour retourner à l'immigration.

Nous trouvons enfin un taxi samedi matin et repartons à l'immigration mais contrairement aux indications fournies jeudi, la porte est fermée. Après prise de contact téléphonique, il nous faudra attendre 2h qu'une personne arrive de Colon et au vue des documents refusera de nous faire nos visas.
Aucun moyen de négocier, nous serons quite pour repartir sans nos visas avec encore 50$ de taxi. Cela fait cher les papiers !

En fait, Turtle Cay n'est pas un port d'entrée, on ne peut donc faire la Zarpe d'entrée nécessaire pour l'immigration. On fera donc un saut à Linton (2 heures de navigation) pour faire notre entrée officielle. Ce sera l'objet du prochain post.

Le voilier copain Vivian (Jean Pierre et Mireille) venant nous rejoindre depuis Bonaire, nous restons 3 jours avec eux avant de repartir faire les papiers. Un ennui de santé les empêche de continuer leur route avec nous, c'est avec tristesse que nous nous quittons. A peut-être dans un an de l'autre coté du Pacifique, qui sait ?

Vue sur la passe d'entrée de la marina
avec Jean Pierre et Mireille

Le souvenir que l'on gardera de l'ambiance de Turtle Cay


Départ de la marina
Fin

dimanche 31 mai 2020

Traversée de Curaçao à Panama

A la barre de Curaçao à Panama...

Après avoir fait le plein d’eau et de nourriture, nous quittons enfin le mouillage de Spanish Water. Nous ne devions y rester que 3 jours pour faire l’avitaillement, nous y sommes restés 3 mois…. Au revoir les voiliers copains et à nous l’aventure !

Dès que nous sortons de la passe étroite de sortie de Curaçao, les vagues et le vent fort nous donnent la mesure de la traversée. On sent que cela ne va pas être de tout repos. On prend notre rythme, un peu secoué par les vagues, mais le vent est au rendez-vous.

Notre parcours en rouge
La journée se passe avec des pointes de vent à 35 nœuds mesurés à l’anémomètre ce qui correspond à plus en vent réel, car il faut y ajouter la vitesse de notre bateau (le vent réel = le vent mesuré + vitesse du bateau quand on navigue vent arrière).

Un hélicoptère de l’armée vient nous survoler et nous demande par signe de répondre à la VHF. Cela ne sera pas possible, car nous sommes tous les 2 sur le pont à l’avant en train d’installer le tangon pour le génois. La manœuvre nous prend bien 15 minutes, aussi l’hélicoptère perd patience et s’en retourne bredouille vers Aruba. Avec le Covid et les événements récents entre le Venezuela et les USA, tous les pays de la régions surveillent leurs frontières sérieusement.

Arrivée le soir dans la passe entre Aruba et le Venezuela, le vent étant de la partie, Unavoq fonce à 10 nœuds. Il doit certainement être aidé par un courant très rapide.
Au sud d’Aruba nous nous retrouvons dans des vagues croisées très inconfortables. Nous  sommes tous les 2 vaseux à la limite de vomir. Cela faisait plus d’un an que nous n’avions pas eu cette sensation désagréable du mal de mer.

Nous entamons ainsi la nuit quand soudain vers 23H le bateau change de cap violemment. On ne comprend pas de suite ce qui se passe. Alain débraye le pilote, reprend la barre et met le moteur en route. Nous ne sommes pas loin des côtes d’Aruba. Le bateau reprend son cap. Le pilote automatique est relancé et à nouveau le bateau change de direction.
image2 image1
Détail du pilote et de son piston (à droite)
qui se fixe sur le secteur de barre (à gauche)

Alain se rend compte que notre pilote ne fonctionne plus correctement. Il n’arrive plus à garder le cap. Fort de ce constat, Patricia prend la barre et Alain descend vérifier le système. Après avoir controlé les commandes électriques, démonté le pilote, le constat est terrible : le piston du vérin électrique ne répond plus aux commandes. Nous voilà contraint de poursuivre le voyage sans pilote automatique. Cela sous-entend que nous allons être obligés de tenir la barre 24h sur 24 et cela pendant le reste de la traversée (au moins 6 jours…).

C’est la galère ! Que faire ? Nous décidons de poursuivre notre route car un arrêt à Aruba est difficile dans le contexte actuel.
Notez que l'on porte le harnais de sécurité
La 1ère nuit est longue, on se relaye toutes les heures de façon à garder le cap car le vent est là et les vagues aussi. Elles sont de plus en plus fortes nous obligeant à rester vigilant à la barre : Il y a des creux de 2 à 3 mètres en moyenne et donc de temps en temps de plus grosses vagues qui déferlent.
Mer formée,
certaines vagues sont plus haute que la capote du cockpit

Le rythme est gardé toute la journée. Les repas deviennent vite une galère. Celui qui est à la barre est nourri par l’autre. Au moins cela nous occupe le temps et nous permet de passer un bon moment à se vanner l’un l’autre. Une bouchée pour papa, une bouchée pour maman, et j'en passe des meilleurs. Les jours défilent et les nuits aussi. Nous commençons à fatiguer.
Le vent s’affaiblissant après le passage du cap de la Vela, nous décidons de mettre le moteur. Après quelques heures de fonctionnement, le moteur s’arrête. Pas moyen de le rallumer. Cette fois, Alain décide de changer notre route et de partir se réfugier vers la marina de Santa Marta en Colombie. Mais après plusieurs essais d’appel au téléphone satellite, aucune réponse de la marina.
Du coup, on décide d'un commun accord de continuer notre voyage car la Colombie a officiellement fermé ses frontières et l’on se voit mal débarquer à l’improviste sans explication préalable. Aborder une côte vent de face, sans moteur et sans aide potentielle n'est pas sans risque.
Hélas après quelques heures, alors que nous sommes en avance sur notre parcours, le vent s’arrête. Pour nous c’est la catastrophe. Sans moteur et sans pilote, nous subissons les vagues à seulement 2 nœuds de vitesse. On n’avance pas et il faut continuer à maintenir le cap….

Étant donné notre allure, Alain propose de regarder le problème du moteur. Unavoq est mis à la cape, cela repose.

Le capitaine commence par démonter et refaire tout le parcours d’alimentation Gasoil. Il vérifie, nettoie et purge l’ensemble du circuit. Apparemment il y a des bulles d’air qui se promènent et peut-être des impuretés.

Après plusieurs tentatives, le moteur repart. On est content mais quelques heures plus tard à nouveau le moteur s’arrête. Il en sera ainsi jusqu’à la fin de notre voyage...

Cliquer sur le lien pour démarrer la petite vidéo

Enfin après 6 jours de navigation, la marina de Turtle Cay est en vue à 8h du matin. Notre ami Christophe a été contacté, il vient à notre rencontre avec le bateau des Coast Guard afin de sécuriser l'entrée dans la marina au cas où le moteur s’arrêterait encore.

Mais Unavoq reprend du poil de la bête et fait une superbe entrée dans la marina sans aide.
D’ailleurs nous serons obligés de couper le moteur car il ne veut plus caler le bougre.

Nous sommes contents d’être arrivé à bon port. On passera l’après-midi à dormir… Après analyse et démontage il s’avère que :

- La vis sans fin du vérin électrique du pilote était seulement dévissée mais il fallait tout démonter pour la remettre en place. Le démontage du système a été très instructif, il a permis de vérifier toutes les pièces d’usure (courroie, pignons et roulements). Merci aux voileux qui ont mis à disposition des petites vidéos sur Youtube qui expliquent tout le processus de démontage.- Les bulles d’air présentes dans le gasoil étaient dues à un joint non changé de la pompe à injection. Nous l’avions acheté à Curaçao, mais non monté… Le gasoil était finalement propre, il n'y avait pas d'algue dans le réservoir ni le circuit. Ouf.

Nous sommes à la marina (première marina depuis 1 an) et profitons d’un calme bien mérité en attendant de poursuivre notre aventure.

Unavoq amarré à Turtle Cay marina
(cliquer pour agrandir)