mercredi 29 avril 2020

Pandémie et Tour du Monde


Après avoir tant attendu à Curaçao les pièces nécessaire à la révision du moteur, nous voici prêt à reprendre la mer. Encore quelques jours pour avoir une météo favorable et nous partons.`

Soudain on apprend qu’en Chine puis en Europe arrive un petit virus qui contraint tous les habitants de la planète à rester chez eux. Au fur et à mesure, les ports des différents pays autour de nous ferment. Les gouvernements prennent des dispositions de plus en plus restrictives. Est ce raisonnable de s’aventurer dans ces conditions vers la Colombie, les San Blas et Panama ? On se donne encore quelques jours pour voir comment la situation évolue. Nous sommes début mars 2020, cela fait 2 mois que l'on là, il nous tarde de partir.

Pandémie de 2020, situation du mois de mai

En une semaine, tous les ports se mettent à refouler les bateaux et ferment leur frontière. Panama a même fermé le canal pour les voiliers : c'est une première. On ne peut plus aller nulle part sauf rejoindre la Martinique contre vent et courant (avec mise en quarantaine quand même).

Le Coronavirus,
plus communément appelé
Covid-19 est arrivé.

Bref, nous voilà coincés à Curaçao encore plusieurs jours, ce qui n’est pas si mal tout compte fait.
Ici on est au mouillage (pas de frais de marina) et nous avons la possibilité  de nous ravitailler dans les supermarchés à proximité et pas de confinement stricte, ni d'autorisation écrite comme en France.

Les jours passent et les mesures deviennent de plus en plus strictes ici aussi. Les avions deviennent de plus en plus rares, et plus aucun bateau de croisière n'est accepté à Willemstad.

Mi-mars, nous sommes à la plage pour plonger. Nous apercevons un voilier au mouillage devant l'ile. Nous apprenons alors qu'une famille avec enfant se voit refuser l'accès à Curaçao. Ils avaient réservé à la marina et téléphoné avant de partir une semaine avant. Mais la situation évolue vite, plus aucun bateau n'est accepté. Le chef de bord refuse de partir car il ne peut aller nulle part ailleurs. Il entre au mouillage principal et se met en quarantaine de lui même.

Commence alors un tour des douanes et du "port authority" qui contrôlent tous les bateaux présents au mouillage. Les bateaux en situation irrégulière (sans permis d’ancrage ou sans visa) sont soit mis dans la zone de quarantaine, soit sommés de quitter l’ile. Plusieurs bateaux sont arrivés et certains ont trouvé les bureaux du ports ou ceux de l'immigration fermés. Normal qu'il y ait des irrégularités...

Les voileux ne se laissent pas faire, résistent et refusent de partir. L'autorité portuaire menace de couper les chaînes, d'envoyer les récalcitrants en prison ! Véridique. Finalement tous les bateaux avec des soucis de papiers seront mis en quarantaine dans une zone à part du mouillage et seul un bateau acceptera de partir 10 jours plus tard.

Cette situation électrique vécue avec les autorités n'est pas isolée. On lira plusieurs fois sur Internet que tel ou tel pays expulse (comme Cuba par exemple) ou rabroue (comme la Jamaïque aussi) certains  voiliers. Les petits chefs locaux à qui la pression est mise et dont les ordres ne sont pas clair ou "hors process", se sentent dépasser et réagissent violemment.

2020, et le monde devint fou...

Adieu la diplomatie, cette gestion douce du tourisme qui rapporte tant de devises. Dans ces cas là, j'ai lu que les français s'en sortent plutôt bien : il paraît qu'ils ont l'habitude de faire ceux qui ne comprennent pas, et qui s'assoient en attendant que la situation se débloque. Vous avez bien lu! Regarder dans les guides de navigation de Franck Virgintino, c'est écrit. Dans les faits, on a pu constater que ceux qui se débrouillent le moins bien en langue anglaise notamment, sont pour la plupart Français. Ya-t-il un lien de causalité ?

En ville, les mesures de protection sont mises en place dans les supermarchés. Désinfection des mains et des caddies systématiquement pour chaque personne entrante. Il y a 14 personnes contaminées dans l'ile, elles sont à l’hôpital ou confinées à domicile.

Puis le 28 mars ce sera le couvre-feu tous les soirs de 21h à 6h, et enfin le confinement total nous obligeant à rester sur nos bateaux le 30 mars.

Les seules sorties autorisées alors sont les avitaillements au supermarché, une personne par bateau . On a aussi le droit de se baigner autour du bateau.

Pendant ce temps, on s’occupe comme partout ailleurs. La coque a été astiquée, les boiseries ont été revernies, tout brille et est entretenue. On a ainsi fait une checklist des travaux à faire.
Chaque jour notre planning travaux avance.

C’est aussi l’occasion d’organiser des jeux et des activités avec les voisins. On partage nos expériences et nos aventures. Un site et un WhatsApp ont été créés ici pour permettre  d’échanger des informations. On se tient ainsi informer de l’évolution du traffic dans le monde.

On s‘échange des films et on s’entraide car il n'y a plus de magasins de bricolage ou d’accastillages ouverts. Au moins on ne se sent pas seul.

En avril, des informations nous parviennent sur la situation au Panama. Le consulat australien négocie le passage de voiliers australiens qui doivent rentrer. La procédure habituelle est simplifiée, un seul "advisor" du canal pour 3 voiliers est requis, et aucune aide extérieure. Débrouillez-vous pour trouver 4 grandes amarres et 7 personnes pour passer le canal. Dans les faits, si vous naviguez à 2, il faut trouver un voilier copain naviguant avec 3 personnes et le tour est joué.

Le 20 avril, Curaçao autorise les déplacements individuels le matin de 6h à 9h et de 17h à 20h. On en profite pour faire des promenades tous les soirs avec le voilier Inouï (Didier et Marie-Noelle).

Marie-Noelle et Patricia un soir de déconfinement

Le 23 avril, le gouvernement de Curaçao se penche sur les problèmes de visa. Nous avions un tampon d'arrivée sur notre passeport, et nous étions autorisés à rester 3 mois.

Normalement si vous voulez rester encore 3 mois, il faut en faire une demande écrite et payer 530$ (pour nous deux). Mais voilà, nous ne voulons pas payer pour rester. Aussi nous ne faisons pas la démarche de demande de prolongation. Le 3 avril nous devenons donc émigrés en situation irrégulière.

Bien nous en a pris, car le gouvernement décide ce 23 avril d'autoriser les personnes présentes sur l'ile tant qu'elles ne peuvent rentrer chez elles ou partir vers leur destination. Youpi, on redevient en situation légale.

Les nouvelles en provenance de Panama sont bonnes : on peut enfin partir et une fenêtre météo nous permet de quitter Curaçao le 29 avril. Ouf, on devait rester 3 jours pour l'avitaillement et finalement on est resté 4 mois quand même.

Nota bene : En ce mois de mai 2020, c'est assurément un moment historique que nous vivons. Un de ces moments qui entrera  dans les livres d'histoire de la prochaine génération. 

Pour nous Tourdumondiste, il y aura un avant Covid et un après. La liberté de circulation en voilier telle que nous la connaissions vient de disparaître. Nous assistons à un retour en arrière de 200 ans, quand les grands voiliers devaient effectuer des quarantaines de 40 jours en cas de suspicion de maladie à bord. La nouvelle norme semble être de 14 jours de quarantaine, espérons que le protocole finisse par disparaître aussi rapidement qu'il est apparu.

Panneau de la marina de Turtle Cay au Panama
(d'où nous écrivons ces lignes)
et définissant le
Quai de la quarantaine


dimanche 29 mars 2020

Le gaz à bord

Quelques informations concernant le gaz pour comprendre les éventuels problèmes que pose la substitution du Butane par du Propane (et inversement).

Les données techniques ci-dessous proviennent de l'American Boat & Yacht Council, inc.

Propriétés Gaz Propane  Gaz Butane   Remarques
Formule
C3H8
C4H10
Point d'ébullition en ° C
- 42°
0°
Si vous voyagez au milieu des glaces, mieux vaut utiliser le propane car le butane gel à 0°.
Notez : il existe de l'isobutane, même formule que le butane mais agencement moléculaire différent, il gèle à -11,7°. Certaine marques comme "Camping Gaz" en propose, mais en tour du monde nous n'avons pas vu cette spécification.
Poids du gaz
(Air = 1)
1,53
2,00
Le gaz est plus lourd que l'air, en cas de fuite il va donc au fond de la cale = Danger
Poids du gaz liquide
(Eau = 1)
0,51
0,58
2 litres de gaz liquide = 1 litre d'eau = 1 kg
Poids en Kg pour 1 litre de gaz à 15,6°
0,51
0,58
Cela nous sert pour connaître le remplissage d'une bouteille par pesée directe ou indirecte (dans un seau d'eau par exemple)
Température maximum de la flamme 
1980°
1990°
Si vous faites de la soudure à bord...
Pression de stockage dans les bouteilles commerciales
à => 37,8°
à => 21,1°



11,9 bar
7,5 bar



2,6 bar
1,1 bar
A température égale, le propane se stocke à beaucoup plus forte pression. Attention à ne pas trop charger vos bouteilles si vous réalisez vous même les recharges (voir plus bas).
Détendeur utilisé
38 mb
28 mb
Si l'on utilise les bouteilles commerciales avec pression standard, mieux vaut changer le détendeur selon le gaz. Certains détendeurs font les 2.
Gazinière de bord
/
/
Les gazinières marines fonctionnent indifféremment aux deux gaz (en tout cas les modèles récents).
Limite d'inflammabilité en % de gaz (poids dans le mélange d'air)
Limite basse
Limite haute


2,4
9,6


1,9
8,6
Le Butane s'allume un peu plus facilement que le Propane, Patricia l'avait déjà remarqué et maintenant on sait pourquoi :)

Face aux difficultés de s'approvisionner en gaz durant notre TDM, nous avons fait le choix de remplir nos petites bouteilles de camping gaz à l'aide d'une plus grosse bouteille de type "américaine". Comme la grosse bouteille restera dehors, nous avons pris une bonbonne en fibre de verre, certes beaucoup plus cher (230 € à Curaçao quand même... sinon 135 $ sur le internet) mais qui ne rouille pas et qui est légère lors des manipulations.

Notre bouteille en composite avec vanne américaine
Capacité de 17 lbs, soit 7,7 kg de gaz
C'est le modèle Viking de la marque Hexagon Ragasco

Avantage : 

Nos petites bouteilles peuvent continuer à se faire remplir localement si c'est possible. On ne change pas l'installation de bord. Par exemple à Grenade elles ont été remplies avec du Propane par la marina et au Cap Vert elles ont été remplies par du Butane à l'usine de Mindelo.

En cas d'impossibilité de remplir les bouteilles Européennes, on fait remplir la grosse bouteille qui possède une vanne américaine par du Propane. Ensuite on transvase la grosse bouteille dans nos petites bouteilles Butagaz à l'aide d'un adaptateur.

Adaptateur système américain vers système européen
A gauche on met le robinet Français,
et à droite la vanne de la bouteille américaine
Il faut 2 robinets
Un robinet qui se fixe sur la Butagaz
Un second robinet qui se fixe à l'adaptateur USA

Tuyau haute pression qui se visse sur les robinets

Notre coffre à gaz qui peut comporter 3 petites bouteilles de Butagaz
Chaque bouteille a une capacité de 2,75 kg

Le flexible relié aux robinets et à l'adaptateur

Inconvénient : 

Il faut savoir ce que l'on fait et donc comprendre la différence entre les 2 gaz.

Concrètement :

Que peut-on tirer des informations du tableau pour les voyages :

- Qu'il faut faire attention au remplissage des petites bouteilles Butagaz si l'on utilise une grosse bouteille de Propane car la pression est très forte dans cette dernière. En pratique, on regarde le poids de gaz que l'on charge dans la petite bouteille : par pesée directe (pas facile avec une balance) ou par différence de niveau d'eau dans un seau (plus pratique, une petite bouteille vides flotte dans le seau et quand elle se remplit le niveau d'eau monte et la bouteille descend : il suffit de mesurer le volume d'eau déplacé pour connaître le poids de remplissage sachant qu'un litre d'eau = 1 kg). En pratique on fait une marque dans le seau quand la bouteille flotte, puis on rajoute 2 litres d'eau et l'on fait une seconde marque. Ensuite on enlève 2 litres d'eau et l'on remplit la bouteille de gaz. Quand l'eau arrive à la seconde marque, on a rempli 2 kg de gaz équivalent à 4 litres de Gaz (cf. tableau du haut).

A noter que sur les petites bouteilles Butagaz, la charge indiquée est de 2,75 kg. Avec notre méthode, nous chargeons entre 1,8 et 2 kg (contrôle de poids effectué avec balance).

- Que normalement les détendeurs sont différents, mais si la pression de la bouteille de Butagaz ne change pas, pas besoin de changer le détendeur. Or on s'arrange pour que la pression soit similaire car nous utilisons toujours nos petites Butagaz sur notre réseau : seules les petites bouteilles rentrent dans le compartiment Gaz de notre voilier... (compartiment en extérieur)

- Que les gazinières de bord sont compatibles sans changement de bruleur (notre gazinière Eno a plus de 10 ans)

Pour l'achat des accessoires, nous avons commandé sur le site https://www.laboutiquedugaz.fr/ avant notre départ. C'est bien moins cher que dans les ships. Par exemple l'adaptateur USA vaut 30 € en France et 80 $ à Curaçao...

Manipulations :

- Suspendre la grosse bouteille pleine à l'envers sous la bôme (robinet vers le bas) et au soleil.
- La bouteille Butagaz vide est posée en dessous, à l'endroit et à l'ombre.
- Relier la bouteille haute avec le robinet adaptateur fermé placé sur la bouteille haute, suivi d’un flexible et d'un robinet fermé.
- Ouvrir le robinet haut
- Ouvrir le robinet bas pour laisser échapper l'air puis refermer le robinet bas. Le flexible est alors rempli de gaz.
- Visser le robinet bas sur la Butagaz en faisant tourner la bouteille. Les deux bouteilles (la pleine et la vide) sont reliées, robinet bas fermé.
- Ouvrir le robinet bas, le gaz liquide coule par gravité, on entend un écoulement. Au début cela va vite, puis les pressions s'équilibrent. Pour accélérer le processus, mettre la bouteille pleine au soleil et la bouteille vide dans un seau rempli d’un peu d’eau fraiche et à l'ombre d'un linge humide. Il nous faut  3 à 4 heures pour remplir une bouteille à 80%.
- Fermer le robinet du haut puis celui du bas avant de dévisser les deux robinets. Si le robinet du haut est fixé sur l'adaptateur américain, fermer le robinet de la bouteille américaine situé avant l'adaptateur (il y a donc dans ce cas 3 robinets dans le circuit) avant de fermer le robinet connecté au flexible.
- On purge ensuite à l'air libre le tuyau libéré en ouvrant l'un des deux robinets.

Ne pas oublier de peser la Butagaz pour vérifier la charge. Notez que toutes ces manipulations de charge de bouteille se réalisent sans le détendeur.

Dangers :

Nous n'avons pour le moment pas eu de souci particulier pour recharger nos bouteilles nous même. En lisant les comptes rendus sur le net, on peut lire le récit d'un départ de feu dû à l'arrivée de gaz liquide dans les bruleurs de la gazinière. Cet incident est provoqué par l'utilisation d'une bouteille trop chargée. Il n'y avait pas assez d'air pour permettre la décompression du gaz dans le détendeur.

Pour éviter cela, utiliser l'astuce suivante avant de brancher votre nouvelle bouteille sur le réseau.

Le pompiste du coin (à Curaçao) m'a donner cette astuce pour savoir si la bouteille était trop remplie sans pesée. Appuyer légèrement sur la bille de la Butagaz avec une pointe en bois (bouteille verticale à l'endroit). Laisser appuyer tant que du liquide sort. Dès que c'est du gaz, on relâche la bille.

Bien entendu, toutes les opérations se font dehors, sur le pont à l'arrière du bateau si le vent vient de l'avant (comme au mouillage par exemple).

Enfin, pour la sécurité de votre réseau et donc du bateau, il est bien d'avoir un robinet d'arrêt à coté de la cuisinière pour isoler celle-ci. Nous conservons aussi un torchon en coton près des brûleurs, il permet d'étouffer le feu au cas où, et des extincteurs dans toutes les pièces du voilier (extincteur avec affichage de la pression pour contrôles réguliers faciles).

L'approvisionnement :

Nous avons listé les pays / villes où nous avons pu nous ravitailler en gaz selon les conditions mises en place localement (troisième paragraphe de la page ci-dessous).

vendredi 28 février 2020

Curaçao

Curaçao : ile de contrastes

Willemstad, élégante capitale colorée 
(cliquer pour agrandir)

Nous quittons Bonaire le matin vers 9h afin d'arriver à Curaçao avant la tombée de la nuit. La navigation est un peu inconfortable jusqu'à l'arrivée à l'Est de Curaçao du fait des courtes vagues de travers : cela secoue 3-4 heures. Ensuite le sens des vagues change un peu en passant plus arrière au milieu du chenal, et l'on peut enfin manger confortablement vers midi. La remontée de Curaçao est plus calme, vent trois quart arrière protégés de l'ile.

Il y a moins de 40 miles, donc sept-huit heures de navigation pour peu qu'il y ait du vent. Les zones de mouillages étant réglementées, on ne peut pas mouiller où l'on veut. La seule possibilité pratique se trouve à Spanish Water mais l'entrée est délicate, il vaut mieux passer de jour. Croiser un autre navire en entrant n'est pas recommandé tant c'est étroit.

La passe d'entrée est à droite
Etroite et chahutée, il faut bien rester dans la zone sombre au milieu
Une fois passé l'entrée, il faut rester vigilant aux couleurs de l'eau car le chenal reste étroit, sinueux et parfois peu profond. On mouillera dans la zone A, celle qui est plus ventée mais plus près du ponton aux zodiacs. Le vents aère le bateau, il ne nous gène pas, au contraire. Les autres zones sont parfois étroites et présentent des difficultés lorsque le vent tourne (risque de collision lors de l'évitement). Il ne faut pas trop se mettre sur les bords ou au fond de la baie, des écueils et des épaves s'y trouvent un peu partout. La tenue du mouillage est réputée mauvaise, mais avec 45 m de chaîne dans 6 m d'eau nous n'avons pas eu de souci même par 40 noeuds de vent. Le fond où nous sommes est composé de sable un peu dur, mais l'ancre s'enfonce bien une fois accrochée (Zone de mouillage A). En venant de Bonaire, on est déçu par l'eau de couleur peu engageante et parsemée de petites méduses rondes.

Notre pavillon jaune est envoyé à bâbord en même temps que le pavillon de Curaçao à tribord. Il nous faut faire une nouvelle clearance ici, car les 3 iles néerlandaises ABC (Aruba, Bonaire et Curaçao) sont indépendantes les unes des autres. Comme il est 17 h, on décide de ne pas y aller ce soir mais de profiter du "happy hour" du restaurant The Pier pour rencontrer d'autres équipages. Tous les jeudis soir, le Pier devient un lieu d'échange des voileux. Le restaurant propose un repas "type" pour tout le monde à 10 Euros ; c'est conviviale.

Le lendemain matin, on dépose l'annexe au ponton des pêcheurs, puis on part attendre le bus 6A au rond point juste à côté. Il ne viendra pas. Heureusement la ligne est parcourue par des taxis collectifs. Direction le centre ville, avec la première administration : les douanes, bâtiment gris (photo ci-dessous). Il se trouve qu'en ce moment (janvier 2020) c'est grand travaux aux douanes, donc il faut chercher leurs bureaux temporaires en ville en traversant le petit canal. Nous avions fait les démarches par Sailclear sur Internet : cela nous permet d'éviter de remplir en six exemplaires les formulaires au carbone. Pour nos amis voileux, noter le numéro de votre demande sur Internet, car à Curaçao ils sont vite perdus pour vous retrouver par le nom du bateau ...

A gauche le bâtiment gris des douanes, "Custom" en anglais
Une fois les "customs" fait, on traverse la ville en prenant le grand pont flottant puis on longe les quais direction le port autonome. Là se trouve l'immigration qui tamponne gratuitement les passeports. Enfin, en sortant de l'immigration, il faut monter dans le bâtiment de gauche pour payer la redevance de mouillage valable 3 mois (10 us$). Vous devez donner la zone que vous utilisez. En cas de changement de zone, re-belote.
C'est la deuxième fois que l'on doit faire un pareil parcours du combattant (la première fois étant le Vénézuela). Dans la plupart des pays que nous avons visité, toutes les démarches étaient regroupées au même endroit. Nos prochaines escales étant en zone hispanisante, ce sera là aussi tout un poème (je pense à la Colombie ou Panama). Au moins on se sera fait la main tranquillement car ici on se débrouille en anglais.

Autre pays autre monnaie : ici tout se paye en Guilden, le florin des Antilles, ou en dollar américain avec un taux de change immuable. Les distributeurs de billets délivrent l'une ou l'autre monnaie à la demande : il faut en profiter pour refaire des réserves de dollar en petite coupure, cela sert partout dans le monde entier.

100 Guilden = 50 €

Le Gulden, monnaie locale avec ses beaux oiseaux
1€ équivaut à 2 NAF (Netherlands Antilles Florin)
La capitale de l'ile est Willemstad, elle se parcourt à pied car le centre ville est peu accessible aux voitures. 

Carillon en centre ville (sous l'horloge)
Le bandeau sous les cloches sert de parcours
pour de petites marionnettes qui apparaissent quand il sonne.
Défilé de petites marionettes aux heures pleines


Peinture sur facade
Dushi par ci, Dushi par là
on le trouve écrit partout
en voilà la définition
Pour les non-anglophones, voici notre traduction :
Dushi, prononcer dou-che-y
Dushi est un mot commun issu de la langue Papiamentu (dialecte local).
Le mot a plusieurs significations :
Appeler quelqu'un dushi équivaut à l'appeler "mon coeur", "mon amour", voir plus intime...
Cela s'utilise aussi pour qualifier des mets (notion de douceur) ou décrire les bonnes choses de la vie.


Queen Emma
Pont tournant flottant

Le pont est piéton

Beaucoup de touristes arrivent par bateaux de croisières
telles des nuées d'insectes aux couleurs flashies

En janvier-février il y a parfois des ondées tropicales
qui favorisent les contrastes lumineux
au plus grand plaisir des photographes

Le pont repose sur des sortes de flotteurs
il s'ouvre et se déplace à l'aide d'un flotteur propulsé par un moteur thermique et 2 hélices

La rencontre avec la faune local se fait généralement à distance, ce qui complique la prise de photo. Cependant, le plus surprenant d'entre eux n'a pas été pris en photo facilement non pas à cause de la distance, mais du fait de ses agissements nocturnes. Il s'agit d'une chauve-souris. Elle est attirée le soir par les odeurs de banane. Silencieuse, elle ne se fait pas remarquer. Mais le lendemain, l'on retrouve nos bananes avec un trou sur le coté et l'intérieur mangé, plus quelques crottes sur les banquettes pour faire bonne mesure. Les deux voiliers avec qui l'on avait fait connaissance ont aussi eu la même surprise que nous. Du coup le soir, on ferme la capote et les panneaux de pont avec la moustiquaire pour empêcher mademoiselle Bath de venir se servir dans nos filets de fruits.

Dégâts réalisés par la Chauve-souris

Chauve-souris
peut être "Chiroptera" Glossophaga longirostris

elle possède une petite corne sur le nez

Nous avons pu filmer sa capture, la petite vidéo de l'évènement est visible en suivant ce lien : Visite nocturne de la chauve-souris 

Avec un peu de patience, on arrive quand même à tirer les portraits de certains comme ci-dessous.

L'habituel Iguana Iguana
peu farouche et goinfre de fruits & légumes à ses heures perdues

Tortue verte en bord de plage
(Chelonia Mydas)
Caracara
(Caracara Plancus)

Le célèbre papillon Monarque
qui est un papillon migrateur "longue distance !"
(Danaus plexippus)

L'Oriole de Baltimore
oiseau migrateur entre l'Amérique du Nord et les tropiques

(Icterus galbula)

Comme nous avons du temps car la météo en janvier et février n'est pas propice à traverser la mer des Caraïbes, nous visitons doucement l'ile. La plupart des informations que l'on avait lu sur Noon site sont obsolètes : l'économie est au ralentie en ce début 2020, et à Spanish Water pas mal d'entreprises ont disparu. Nous réussirons à louer une voiture pour 25 us$ par jour, assurance comprise, mais ce fut long de trouver l'oiseau rare (je parle du loueur). En fin de séjour nous trouverons aussi à louer une petite voiture pour 15$ par jour, mais de la main à la main en "prêt" de véhicule : rechercher Denis sur les forum pour cela.

L'ile n'est pas bien grande, et en une journée on en a fait le tour. Les sites touristiques sont petits et bondés, surtout quand les grands cruisers sont à quai à Willemstadt. Aussi on passe, mais après un bref tour on fuit ces lieux. 

La très touristique Playa Forti

On trouvera 2 zones hors circuit qui nous enchanteront : la première ci-dessous nommée "Un Boca". Il s'agit d'une coulée de lave avec un effondrement laissant apparaître les couches géologiques sous-jacentes. 


Coulée de lave et faille

L'érosion de la couche sédimentaire inférieure a cassé la roche dure supérieure de la coulée de lave dont l'épaisseur atteint par endroit 2m. Ce phénomène a laissé apparaitre une belle plage de sable fin.

Plage de la faille de "Un Boca"

Ici la lave a poussé la roche sédimentaire inférieure
qui au contact de l'eau  a créé des plaques de roches plates.
De vraies piscines de mer.

Un peu d'escalade pour atteindre la plage


On s'y sent bien !
Sur la cote Nord Est près de playa Canoa
on peut admirer le phénomène d'érosion en cours de processus :
ici la couche de lave forme une arche
son poids la fera s'effondrer quand la couche géologique inférieure aura disparu suffisament 
En redescendant le long de la cote Nord vers l'est, on peut observer le même phénomène d'érosion, mais à plus grande échelle à Boca Ascension. Là un petit parcours piéton mène sur un grand plateau de lave où l'on peut voir des tortues en contre-bas dans l'eau claire.

Boca Ascension
L'endroit est touristique et aménagé plutôt pour les familles locales
Ne pas se formaliser au début du parcours qui est sale...
Parcours dans les cactus à Boca Ascension

Plus à l'Est encore, on ira se baigner à la playa Canoa. Belle plage hors des sentiers battus, entretenue par un local qui nettoie la plage tous les jours au râteau : qui a dit que tous les locaux sont sales ? Peu d'eau au début, et ensuite de belles cailles (roches plates avec des caches en dessous) où les plus beaux poissons se cachent timidement. 

Playa Canoa
Visite d'une distillerie de liqueur de Curaçao, 
qui est en fait un triple sec avec toutes sortes de colorants 
le plus connu étant le bleu

50 ans du carnaval de Curaçao, 
une journée complète de défilés

Le carnaval se tient en février
Il est "bon enfant" et très fourni










Comme l'on est resté 2 mois sur place, nous avons rencontré plusieurs voiliers de voyage comme nous : le voilier Fredom avec Dominique et Frédérique, le voilier Starlight II de Jean-Francois et Sylvie battant pavillon canadien, le voilier Nana battant pavillon allemand avec Catherina et Daniel, le cata Mochima avec Michel arrivé depuis 3 mois, le cata Kermotu avec Florence et Philippe et d'autres encore avec qui nous avons échangé plus brièvement.  

Rencontre du voilier Starlight II
avec 
Sylvie et Jean-François qui naviguent depuis le Canada
ici au fort Beekenburg de Caracas Bai.



Fort Beekenburg de Caracas Bai.


Caracas Bai

Rencontre du voilier Kermotu 
avec 
Florence et Philippe qui naviguent depuis la Bretagne


Maison locale aux murs penchés
Photo prise avec drone, merci Kermotu

La visite de la plantation d'Aloe Vara a été aussi intéressante. Elle comporte un long parcours explicatif sur la végétation de l'ile. Depuis notre découverte de cette plante aux Canaries, nous en cultivons à bord. Sa gelée intérieure apaise les imitations et les coups de soleil, diminue voire supprime les tâches brunes et les grains de beauté.

Visite de la plantation d'Aloe Vera

Villa au bord de Caracas Bai
Curaçao est un paradis fiscal, et cela se voit.

L'avantage d'avoir un bon dinghy
c'est de pouvoir aller loin dans la baie pour visiter
Playa Jeremi nichée dans une petite anse
Utilisée par les locaux en famille et parfois un car de touristes...
Coté mauvaise surprise, notre bouteille de gaz remplie à Bonaire s'est vidée en un mois au lieu de deux. Elle a été mal remplie à la marina ; on avait un doute car elle on la trouvait bien légère, maintenant on en est certain... Les statistiques de consommations tenues par Patricia sont bien utiles dans ces moments là.

A Curaçao, impossible de faire remplir nos bouteilles malgré l'adaptateur américain que nous avons. Cet adaptateur est trop long de 2 cm pour le système de Curoil car il faut le visser sur un robinet. La bonne volonté des intervenants n'a finalement pas pu nous sauver, bien que nous ayons visité les usines / stations de gaz / magasins de bricolage. Possédant 3 bonbonnes de 2,75 kg, nous avons encore du gaz pour tenir jusqu'en avril avec la dernière bouteille. Espérons que le remplissage ne pose pas de problème à notre prochaine escale...

Système américain : grosse vis
En cas de souci, nous avons aussi 3 petites Butagaz de camping montant sur notre réchaud d'expédition. Elles ne doivent servir que pendant les longues traversées si nous avons un souci avec la gazière ou les bouteilles. Ceinture et bretelles certains diront :)

Pour ceux qui comme nous voyagent loin, nous conseillons de prendre en plus de vos petites bouteilles, une bonbonne de 13 kg. La mettre dans la baille à mouillage ou un coffre de pont est une bonne idée, surtout si elle est en aluminium ou en fibre de verre. Ensuite, faire soi-même le transfert de gaz avec l'adaptateur. Ainsi, on porte l'autonomie en gaz à 18 mois au lieu de 6 mois.

Coté entretien, changement des joints de la pompe injection. L'axe de l'accélérateur avait un double joint torique sec, il commençait à goutter.



Pompe injection, le bloc de gauche

Couvercle retiré

Joint plat du couvercle et joints torique de l'axe déposé
Une astuce pour se faire envoyer un coli rapidement à Curaçao : prendre DHL Express et se faire livrer directement à l'agence de DHL Ils s'occupent de tout. Mettre voilier en transit sur le colis puis votre nom. Cela nous a pris une semaine pour le recevoir, alors que notre colis des USA n'est jamais arrivé en 2 mois d'attente. Compter quand même plus de 100 € de frais de transport, une dizaine d'Euro de douane (qui semble être forfaitaire), et 5 € de main d'oeuvre DHL. Le colis passe par Panama, et le suivi est facile quelque soit le pays contrairement à Chronopost.

Après cette longue attente à Curaçao liée à une météo très capricieuse et à la réception de nos joints, nous décidons de changer la suite de notre voyage. Il nous semble vraiment trop contraignant  de rejoindre la République Dominicaine avec cette météo instable vers le Nord et 4 jours de navigation avec une houle de travers aussi inconfortable qu'aux Canaries. Après réflexion, le choix est pris, la stratégie est repensée. Nous décidons de suivre les vents et les vagues, donc de partir vers l'Ouest par la Colombie puis les San Blas et Panama. 

Allons nous finalement traverser le Pacifique cette année ? 
Wait and see.

Sculpture avec cadenas des amoureux
au pont de la reine Emma